Hier, mercredi, nous changeons de stratégie.
Suite au décalage de notre rdv avec l'avocat de mercredi à vendredi, nous profitons de la journée pour tenir audience à la maison et invitons les entrepreneurs à venir nous rencontrer à domicile (marre des trajets interminables à travers Bamako).
Korkoss nous rejoint donc à 9h30.
Nous tenons concile toute la matinée avec lui pour revoir l'ensemble des mécanismes juridiques et financiers qui nous lieront au cours des 5 à 8 prochaines années.
Korkoss intègre bien le concept et va prendre quelques jours de réflexion avant de donner son accord définitif.
Après 3h de réunion avec Alec, Antoine et Moi, il enchaîne avec une réunion de réorganisation de sa production animée par Yann (en présence d'Alec et Moi).
En une heure et demi, nous réinventons l'organisation Taylorienne du travail et organisons la production de Korkoss (un sac intégral par ouvrier et par jour) en sous tâches (un ouvrier produit toutes les anses de la semaine le lundi, les fermetures le mardi...et assemble les 5 sacs le vendredi pour éviter les erreurs liées au changement de tâche et accroître l'effet expérience).
Korkoss enchaîne avec une troisième réunion (nous ne sommes pas encore atteints par le Palu mais nous souffrons tous d'une réunionite aiguë et contagieuse) avec Greg pour finaliser l'acquisition d'info sur la comptabilité d'UPC, sa société.
En parallèle, en plein orage tropical (qui a inondé la chambre d'Antoine et Yann) nous accueillons Modibo TRAORE, Directeur de la société UTTDP (dont nous parlions hier).
Il arrive, tout petit sur sa moto hors d'âge vêtu de guenilles détrempées.
Nous nous regardons d'un air perplexe, voire même sceptiques.
Nous lui prêtons des vêtements et l'invitons à entrer dans la maison.
Nous nous présentons brièvement avec l'arrière pensée de l'expédier rapidement.
Il butte sur l'orthographe de nos noms et nous nous moquons dans nos barbes.
Puis il nous expose son projet et son parcours.
Nous ravalons notre arrogance et comprenons à quel point nous avons été stupides et présomptueux.
Après son brevet de technicien en électricité et mécanique il était au chômage et a décidé chercher sur google des idées à base de recyclage du plastique.
Il a alors été interpellé par la méthode de fonte et compactage du plastique pour constituer des pavés.
Il a construit un prototype, mené des expérimentations, et mis au point son propre process avec une rentabilité étonnante...
Il a contacté l'ambassade Américaine qui est tombée sous le charme de son produit et son projet.
Ils souhaitent lui en commander de grandes quantités mais ses capacités de production restent limité.
Il souhaite un accompagnement sur 3 points: commercialisation (contact des ambassades, ONG pour présenter sa technologie), production (mise au point et achat d'une machine plus performante et non polluante), aménagement de son site de travail (pour ne pas avoir l'effet désastreux que nous avons eu hier revoir photo).
Modibo nous a littéralement bluffé et nous avons eu l'impression d'être le jury de Pop Idol découvrant Susan Boyle...(cf photo)
Nous l'avons reconduit à la porte avec beaucoup de respect et un peu honteux de notre faculté à juger sur l'habit et non pas sur l'esprit.
Nous le retrouverons vendredi sur son site de production.
A la fin de la journée, la tête pleine d'émotions et de nouvelles idées (bref: la migraine) Alec et Moi effectuons un repli stratégique vers nos chambres respectives pour un débrief vertical (une sieste).
Les filles de leur côté ont dilapidé leurs économies de l'année pour acheter des souvenirs artisanaux (made in Taïwan) au marché en les payant 10 à 15 fois leur prix...
Géraldine s'en sort donc avec un sac en peau de chameaux (dont elle avoue elle même qu'elle ne l'utilisera jamais) et Sandra et Solange reviennent avec assez de boîtes pour organiser un remake Malien de l'émission « A prendre ou à laisser ».
Le soir, tous fourbus, nous nous couchons après avoir regardé avec perplexité un soap indien sous-titré en Français sur une chaîne locale.
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